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Simone de Beauvoir
Une femme en mission

Exister parfois dans la souffrance, comprendre le monde, tenter de dominer son destin, tels sont quelques -uns des traits de personnalité que révèle l’écriture de Simone de Beauvoir (1908-1986). Celle qui a partagé la vie et les idées du philosophe Jean-Paul Sartre dans un dialogue perpétuel.
Celle qui, avec le Deuxième Sexe (1949), appellera les femmes à gagner leur indépendance. Toute son enfance sera marquée par le fait d’être une femme. Son père lui répétait « tu as un cerveau d’homme ». Il lui disait également que « le plus beau métier est celui d’écrivain »…

A 15 ans, Simone de Beauvoir avait choisi : elle serait écrivain. Le manuscrit l’aptitude au bonheur qui sert de support à notre présentation , est extrait de ses cahiers de jeunesse de 1926-1930. Le bonheur n’est pas un thème souvent cité dans l’œuvre de Simone de Beauvoir, même si sa vie n’a été en fait, qu’une recherche perpétuelle d’un bonheur, à la fois rêvé et rejeté car synonyme de don de soi et de renoncement à sa propre individualité. Elle considère que le bonheur est une sorte de « mort », elle préfère sacrifier le sien. Les thèmes de la mort et du renoncement l’ont beaucoup inspirée.

D’ailleurs, dans le texte ci-contre, ne fait -elle pas dire à Yvonne : « son propre bonheur lui est égal, c’est de ce renoncement qu’elle accèdera au bonheur suprême » ?

L’espace graphique est envahi (absence de marges, mots et lignes serrés), le texte occupe toute la feuille. Comment ne pas considérer le fait que Simone de Beauvoir a toujours voulu dominer son propre destin et avoir prise à la fois sur le temps et sur sa génération ?

Elle veut exister coûte que coûte, savoir qu’elle est sur terre pour réaliser sa vie,
Même si, celle-ci n’est pas conforme aux schémas familiaux. Le graphisme est très progressif (la trajectoire est orientée vers la droite) et rapide. Il s’étale sur la ligne avec des massues (épaississement des barres de « t » et des tirets en fin de mots).

Simone de Beauvoir voulait -elle stopper net toute éventuelle inquiétude qui viendrait interrompre sa pensée ?
Celle qu’on surnomme « le castor » entend bien « occuper » le territoire intellectuel qui lui appartient avec une détermination parfois rude. Elle avance avec son écriture progressive inclinée à droite, liée (liaison de chaque lettre à la suivante), rapide, elle croit fermement en elle et son destin. Cette inclinaison et sa liaison nous informent aussi sur son besoin de communication avec le monde pour bien s’en imprégner et bien le comprendre.

VULNÉRABLE MAIS RÉSOLUE
La signature avec un paraphe anguleux à droite, affirme une personnalité fière, qui entend être reconnue pour ce qu’elle est. Le geste de la signature, lui, est moins assuré qu’il n’y paraît. Cependant, la signature se dirige vers la droite, vers l’avenir, »son » avenir coûte que coûte, en y imprimant son nom. Mais le trait presque poreux de la signature, contre par les étayages (appuis repassés) nous prouve la difficulté que l’auteur ressent à assumer réellement cette vie qu’elle s’est choisie. Quant au texte même, quelle surprise de découvrir ce trait à l’encre bleue pâle, presque évanescent, pâteux et donc impressionnable qui va à l’encontre de ce que Simone de Beauvoir veut laisser paraître !

On peut noter une contradiction importante dans l’écriture entre une partie très vulnérable, trait pâteux, léger, les crénelages (ouverture en haut des « o, a, d, g q), les pochages (œilletons des oves obturés par de l’encre) et une autre facette, avec des angles, un tracé progressif, un mouvement barré (systématisation des verticales) qui signe l’activité, l’engagement, le côté résolu, déterminé. Cette dualité exprime un inconfort de fond chez notre philosophe.
D’autre part, les inégalités de la zone médiane (zone des « m » et des « n »), les étrécissements (lettres serrées), le côté impressif de l’écriture (peu lisible), les raidissements, permettent de nous rendre compte des souffrances qu’elle a dû endurer pour écrire sa vérité, même lorsque celle-ci était choquante. Simone de Beauvoir a mené un combat pour ses idées, et parfois contre elle-même, pour la défense de ses convictions (inclinaison régulière et cadencée des oves, obstination de la liaison, pression déplacée).

On remarquera aussi sa vivacité intellectuelle au travers du geste graphique, du côté léger de l’écriture, ainsi que son puissant désir d’indépendance. Le mouvement barré confirme ses projets d’existence.
L’œuvre à accomplir prend alors la dimension d’une mission qui va occuper toute la place dans son existence. Elle est capable de se battre contre tout et, contre tous.

Ce qui étonne le graphologue, c’est la différence entre les idées novatrices de l’écrivain, la modernité de son style de vie, et l’apparence peu originale pour l’époque, de son écriture. De même, l’œil du graphologue pouvait s’attendre à un trait plus puissant, à une structure d’ensemble plus solide et plus ferme…

Le projet de Simone de Beauvoir était de se réaliser par elle-même selon le concept de la morale existentialiste. L’ampleur de son entreprise autobiographique trouve sa justification dans une contradiction essentielle à l’écrivain : choisir lui fut toujours impossible entre le bonheur de vivre et la nécessité d’écrire.

Mais faire de sa propre existence l’objet de son écriture, n’était-ce pas, en partie, sortir de ce dilemme ?

Maryse DELAUMENIE-WOLPIN
Membre agréé du S.E.G.P

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